Ecole Napolitaine vers 1755/1770, Ulysse et ses compagnons affrontant Scylla. Attribution à Carlo Bonavia (actif de 1755-1788 ; meurt en 1788)

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Artiste : Carlo Bonavia (actif de 1755-1788 ; meurt en 1788)
Epoque : 18è siècle
Style : Louis XV
Etat : Très bon état
Matière : Huile sur papier marouflé sur toile
Longueur : 55 cm, 74 cm avec le cadre
Largeur : 38 cm, 57 cm avec le cadre

Galerie PhC, Philippe Caudroit
Museumarte sas
31 rue Andre Beury
10000 Troyes
Philippecaudroit@hotmail.com
0662098900
Ecole Napolitaine vers 1755/1770, Ulysse et ses compagnons affrontant Scylla. Attribution à Carlo Bonavia (actif de 1755-1788 ; meurt en 1788) Huile sur papier marouflé sur toile de 55 cm par 38 cm. Cadre de 74 cm par 57 cm. Ulysse et Scylla La scène représente très vraisemblablement un épisode du chant XII de l’Odyssée d’Homère : le passage d’Ulysse et de ses compagnons entre Scylla et Charybde, au cours du voyage de retour du héros vers Ithaque après la guerre de Troie. Prévenu par Circé du danger qui l’attend, Ulysse doit faire franchir à son navire un étroit passage maritime dominé par deux périls. D’un côté se trouve Charybde, gouffre marin qui engloutit puis rejette les eaux de la mer ; de l’autre, Scylla, créature monstrueuse dissimulée dans une caverne au milieu d’une falaise abrupte. Homère décrit Scylla pourvue de six longs cous terminés chacun par une tête redoutable. Au passage des navires, le monstre surgit de son antre et saisit simultanément six marins. Circé avait averti Ulysse qu’il valait mieux sacrifier six compagnons que risquer la perte du navire et de tout son équipage. Le peintre semble avoir choisi précisément l’instant culminant du récit. Le navire d’Ulysse longe dangereusement une imposante paroi rocheuse tandis que Scylla, presque confondue avec l’obscurité de son antre, déploie ses différentes têtes en direction de l’équipage. Plusieurs compagnons d’Ulysse sont arrachés au navire et emportés vers la falaise. Cette disposition correspond remarquablement au texte homérique, dans lequel Ulysse raconte avoir vu les mains et les pieds de ses compagnons s’élever au-dessus du navire tandis qu’ils l’appelaient une dernière fois. L’identification à Scylla est renforcée par la topographie même de la composition. Chez Homère, le monstre n’apparaît pas librement dans la mer : il demeure caché dans une caverne située dans une haute paroi rocheuse, d’où ses longs cous et ses têtes se projettent pour saisir les navigateurs. Le peintre a précisément organisé son paysage autour de cette relation entre la masse verticale de la falaise, la cavité obscure, le monstre et le navire contraint de passer à proximité. Le paysage joue ainsi un rôle narratif essentiel. La falaise monumentale occupe une grande partie de la composition ; une végétation sauvage s’accroche à ses anfractuosités tandis que les vagues viennent se briser à sa base. Le navire antique, dont les flancs sont ornés de boucliers circulaires, est pris dans une mer agitée. La petitesse des figures humaines face à la roche et à la mer accentue le caractère dramatique et sublime de l’épisode.   Attribution L’œuvre peut être située dans le contexte de la peinture napolitaine de paysage de la seconde moitié du XVIIIe siècle, probablement vers 1755–1770. Plusieurs caractéristiques ont conduit à envisager une attribution à Carlo Bonavia. Le premier rapprochement concerne le traitement de la mer. Les vagues sont construites par des masses gris-bleu et gris-vert, animées de crêtes claires et d’une écume blanc-crème appliquée en touches rapides. Cette conception atmosphérique de la marine appartient au courant profondément marqué par Claude-Joseph Vernet qui se développe à Naples au milieu du XVIIIe siècle et dont Bonavia est l’un des représentants les plus caractéristiques. Les œuvres de Bonavia ont d’ailleurs été fréquemment confondues avec celles de Vernet. La construction des rochers fournit un second élément de comparaison. La falaise n’est pas décrite de manière analytique mais construite par juxtaposition de grandes masses brunes, ocres, gris-beige et crème. De petits rehauts clairs et parfois presque crayeux soulignent certaines cassures tandis que les anfractuosités sont obtenues par de profondes masses sombres. La végétation est intimement liée à cette structure rocheuse : petits arbres tortueux sortant des fissures, branches fines, racines pendantes et feuillages constitués de masses sombres ponctuées de petites touches claires. Cette association d’une nature observée et d’un paysage largement recomposé est particulièrement caractéristique de Bonavia, dont les paysages et marines mêlent volontiers réalité et invention. Les personnages présentent également des analogies avec le staffage de ses œuvres : silhouettes rapidement construites, petites têtes sombres, membres indiqués par quelques touches franches, rehauts de chair et accents rouges ou ocres permettant aux figures de se détacher du paysage. L’importance inhabituelle accordée ici à l’action mythologique n’est pas incompatible avec l’artiste : les sources anciennes qualifiaient Bonavia aussi bien de peintre de vues que de peintre d’histoire, précisément en raison de la présence de personnages en action dans ses compositions. Un élément matériel mérite enfin une attention particulière. Une marine signée de Bonavia représentant un vaisseau dans une mer agitée au large d’une côte rocheuse est également exécutée à l’huile sur papier marouflé sur toile, technique identique à celle de la présente œuvre. Cette correspondance de support et de technique, associée aux rapprochements stylistiques concernant la mer, les rochers et la végétation, constitue un argument supplémentaire en faveur de l’attribution proposée.   Carlo Bonavia La biographie de Carlo Bonavia demeure étonnamment mal connue. Les sources anciennes napolitaines sont silencieuses sur ses origines, au point que William George Constable, auteur des premières études modernes importantes consacrées au peintre, estimait qu’il n’était probablement pas originaire de Naples. Son activité y est néanmoins solidement attestée au XVIIIe siècle et ses œuvres datées connues s’échelonnent de 1755 à 1788 ; certaines sources et collections font remonter son activité napolitaine aux premières années de la décennie 1750. Bonavia appartient pleinement à la grande tradition du paysage napolitain. Son œuvre conserve le souvenir des paysages sauvages et pittoresques de Salvator Rosa ainsi que de la tradition représentée à Naples par Leonardo Coccorante. Mais l’influence déterminante est celle du peintre français Claude-Joseph Vernet, dont Bonavia assimila aussi bien les sujets que le vocabulaire pictural. Cette proximité fut suffisamment forte pour que des œuvres de Bonavia aient longtemps été données à Vernet et que les deux artistes puissent encore être confondus lorsque les tableaux ne sont ni signés ni documentés. Bonavia développe cependant un langage personnel. Ses paysages associent volontiers des sites ou des motifs inspirés de la baie de Naples à des architectures, falaises, ports et accidents naturels imaginaires. Tempêtes, naufrages, côtes rocheuses, cascades, ruines et vues du golfe constituent une part importante de son répertoire. Les personnages, généralement de petite dimension, participent activement à l’animation du paysage : pêcheurs, marins, voyageurs ou figures appartenant parfois à un récit historique, littéraire ou mythologique. Son œuvre témoigne d’une remarquable continuité stylistique. Constable observait déjà que couleur, tonalité et touche révèlent dès les premières œuvres datées un langage pleinement formé. Bonavia affectionne les effets atmosphériques, les oppositions entre masses rocheuses sombres et lumières claires, les ciels largement développés et les eaux animées de reflets et d’écume. Parmi les œuvres particulièrement représentatives de cette première maturité figure le Naufrage dans une crique rocheuse, signé et daté 1757, aujourd’hui dans la collection de la Fundación Banco Santander. La composition associe une côte monumentale, une mer violente, un navire en difficulté et de petites figures confrontées à la puissance des éléments — caractéristiques particulièrement représentatives de l’art de Bonavia. La présence importante de ses tableaux dans les collections britanniques dès le XVIIIe siècle indique qu’il bénéficia probablement d’une clientèle internationale liée notamment au milieu du Grand Tour. Constable relevait déjà que plusieurs œuvres datées des années 1756–1757 se trouvaient anciennement en Angleterre. Bonavia poursuivit son activité à Naples pendant plus de trois décennies. Sa dernière œuvre datée connue est traditionnellement le Castel dell’Ovo, daté de 1788, année qui marque la limite actuellement connue de son activité. Peintre situé à la rencontre de la tradition napolitaine et du paysage international du XVIIIe siècle, Bonavia occupe ainsi une place singulière : héritier du pittoresque méridional de Salvator Rosa et de Coccorante, il assimile profondément la leçon de Vernet pour développer une peinture où mer, rochers, lumière, végétation et figures humaines concourent à transformer le paysage en véritable théâtre dramatique.