Venise, vers 1710–1720, Marc et Marcellin conduits au martyre d’après Véronèse.

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Artiste : Gaspard Diziani (1689-1767) attribué
Epoque : 18è siècle
Style : Louis XIV
Etat : Très bon état
Matière : Huile sur toile
Longueur : 82 cm, 104 cm avec le cadre
Largeur : 52 cm, 76 cm avec le cadre

12800 

Galerie PhC, Philippe Caudroit
Museumarte sas
31 rue Andre Beury
10000 Troyes
Philippecaudroit@hotmail.com
0662098900
Venise, vers 1710–1720, Marc et Marcellin conduits au martyre d’après Véronèse. Huile sur toile rentoilée de 82 cm par 52 cm. Important cadre ancien de cm par 104 cm par 76 cm. Attribution possible à Gaspard Diziani (1689-1767) Notre tableau reprend la grande composition exécutée par Paolo Véronèse vers 1565 pour le presbytère de l'église San Sebastiano à Venise. Le tableau monumental, qui mesure environ 355 × 540 cm, représente Marc et Marcellin conduits au martyre, soutenus dans leur foi par saint Sébastien malgré les supplications de leurs proches. La présente version conserve avec une remarquable fidélité l'organisation complexe du prototype : multiplicité des personnages, enchaînement des groupes, diversité des attitudes et distribution des grandes masses colorées. Le passage d'une composition monumentale à une toile de seulement 82 × 52 cm a cependant imposé au peintre une simplification de l'écriture. C'est précisément dans cette réduction des formes que réside l'un des caractères les plus intéressants de l'œuvre. Les petites figures ne sont pas traitées selon un modelé minutieux et fondu : les visages sont construits par juxtaposition de touches courtes, avec des ombres chaudes brun-rouge, des accents sombres indiquant les yeux et des rehauts clairs disposés sur le front, l'arête du nez ou les pommettes. Barbes et chevelures sont rapidement indiquées par quelques touches nerveuses. Dans les draperies, les lumières sont fréquemment posées en accents opaques et relativement francs plutôt que progressivement fondues dans la couleur sous-jacente. Ces particularités ont conduit à envisager un rapprochement avec Gaspare Diziani, et plus particulièrement avec sa première période. Né à Belluno en 1689, Diziani reçoit l'essentiel de sa formation artistique à Venise vers 1709–1711, d'abord dans l'atelier de Gregorio Lazzarini, puis dans l'orbite de Sebastiano Ricci. Son activité de la deuxième décennie du XVIIIe siècle demeure imparfaitement documentée. Un document présente ici un intérêt particulier : le Metropolitan Museum of Art conserve de Diziani une Famille de Darius devant Alexandre, datée 1717, exécutée à la plume, au lavis et à la pierre noire et mise au carreau. Le sujet reprend l'une des compositions les plus célèbres de Véronèse. Indépendamment de la question de l'attribution de la présente toile, cette feuille constitue donc un témoignage particulièrement précieux de l'intérêt porté par le jeune Diziani aux grandes inventions véronésiennes. Cette relation à Véronèse ne fut d'ailleurs pas seulement passagère. Une Famille de Darius devant Alexandre, aujourd'hui au Nationalmuseum de Stockholm et attribuée à Diziani, témoigne encore vers 1740–1750 de la persistance de ce modèle dans son œuvre. Le musée souligne explicitement la probable inspiration de Véronèse. Le rapprochement avec Diziani repose également sur la technique picturale visible : rapidité d'exécution, simplification expressive des petites physionomies, accents lumineux francs, carnations chaudes et construction des formes par touches. Les sources anciennes et modernes insistent précisément sur sa grande facilité d'exécution ; Antonio Morassi décrit son pinceau comme large et chargé, tandis que Treccani souligne l'importance de ses bozzetti et de ses dessins préparatoires particulièrement vibrants. Un témoignage ancien cité par Christie's qualifie sa manière de résolue et rapide, dans le goût de Tintoret. La datation proposée vers 1710–1720 doit néanmoins être considérée comme une hypothèse stylistique plutôt que comme une datation établie. Elle correspond aux années de formation et de première activité de Diziani, période dont les peintures sont précisément mal documentées.   La redécouverte de Véronèse à Venise entre le XVIIe et le XVIIIe siècle La mort de Paolo Véronèse en 1588 ne marque nullement la disparition de son influence à Venise. Ses proches et les collaborateurs de son atelier assurent dans un premier temps la continuité de son langage, tandis que ses immenses compositions demeurent visibles dans les églises, les scuole et les palais vénitiens. Les générations suivantes disposent ainsi, à Venise même, d'un extraordinaire musée vivant du Cinquecento. Il convient donc d'entendre le terme de « redécouverte » non comme la résurrection d'un artiste oublié, mais comme une réappropriation consciente et renouvelée de son œuvre. Tout au long du XVIIe siècle, les peintres vénitiens continuent à regarder Titien, Tintoret et Véronèse, à copier leurs compositions et à reprendre leurs solutions chromatiques ou décoratives. Les grandes toiles du siècle précédent deviennent à la fois objets d'étude et répertoires de figures, de draperies, d'architectures et d'accords colorés. À la charnière des XVIIe et XVIIIe siècles, ce regard rétrospectif prend cependant une importance nouvelle. Une génération de peintres cherche à s'éloigner de la gravité et des effets ténébristes qui avaient marqué une partie du Seicento vénitien. La couleur, la lumière, l'ampleur scénographique et la liberté décorative des maîtres du XVIe siècle redeviennent alors des références essentielles. Sebastiano Ricci joue un rôle majeur dans ce renouvellement. Autour de lui se développe une peinture plus claire, mobile et colorée, qui prépare l'épanouissement du Settecento vénitien. C'est précisément dans ce contexte que se forme le jeune Gaspare Diziani, présent à Venise vers 1709–1711 et successivement lié à Gregorio Lazzarini et à Ricci. Diziani offre un témoignage particulièrement intéressant de cette redécouverte parce que son rapport à Véronèse n'est pas seulement une reconstruction historiographique. Une feuille conservée au Metropolitan Museum, datée 1717, montre qu'il travaille alors sur le thème de la Famille de Darius devant Alexandre, célèbre invention véronésienne. Le dessin est en outre mis au carreau, indication d'un véritable travail de transposition de la composition. Le phénomène permet de mieux comprendre la production de copies, réductions et réinterprétations d'après les grandes compositions du Cinquecento. Une réduction peinte d'après Véronèse au début du XVIIIe siècle ne doit pas nécessairement être comprise comme une copie tardive dépourvue d'ambition artistique. Elle peut également témoigner de l'étude directe d'un maître ancien, de la circulation de ses inventions et du goût des collectionneurs pour les grandes compositions de l'âge d'or vénitien. Le choix du Saint Sébastien raffermissant la foi de saint Marc et de saint Marcellin conduits au martyre est particulièrement significatif à cet égard. L'original de San Sebastiano, achevé vraisemblablement vers 1565, constitue l'une des grandes compositions narratives de Véronèse : une multitude de personnages y est distribuée dans un vaste espace architectural, chaque groupe participant à une mise en scène simultanément religieuse, théâtrale et chromatique. Réduire une telle composition dans un format de 82 × 52 cm représente donc un véritable exercice de traduction picturale : il faut préserver l'organisation et la couleur de Véronèse tout en transformant des figures monumentales en personnages de quelques centimètres. La rapidité de touche et la capacité de synthèse deviennent alors indispensables. C'est dans ce contexte historique que la présente peinture peut être replacée. Si l'hypothèse d'une exécution par Gaspare Diziani vers 1710–1720 devait être confirmée, elle constituerait un témoignage particulièrement intéressant de cette génération de peintres vénitiens qui, au seuil du XVIIIe siècle, ne se contente plus de conserver le souvenir de Véronèse mais revient activement à ses œuvres pour y chercher les éléments d'un nouveau langage pictural. Ainsi, la réduction ne serait plus seulement « d'après Véronèse » au sens documentaire du terme. Elle s'inscrirait dans ce moment de transition où la redécouverte du Cinquecento participe directement à la naissance de la grande peinture vénitienne du Settecento. Je conserverais ces deux textes ainsi dans le dossier, avec « Attribué à Gaspare Diziani, vers 1710–1720 » comme hypothèse de travail. C'est suffisamment précis pour matérialiser le résultat de vos recherches, tout en laissant explicitement à l'examen matériel ou à un spécialiste de Diziani la possibilité de confirmer ou de réfuter l'attribution.