Sir Godfrey Kneller (1646–1723) attribué. Portrait d’un Lord commandant vers 1690
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Artiste : Sir Godfrey Kneller (1646–1723) attribué.
Epoque : 17è siècle
Style : Louis XIV
Etat : Très bon état
Matière : Huile sur toile
Longueur : 76 cm, 101 cm avec le cadre
Largeur : 63 cm, 88 cm avec le cadre
7800 €
Galerie PhC, Philippe Caudroit
Museumarte sas
31 rue Andre Beury
10000 Troyes
Philippecaudroit@hotmail.com
0662098900
Sir Godfrey Kneller (1646–1723) attribué. Portrait d’un Lord commandant vers 1690
Huile sur toile rentoilée de 76 cm par 63.5 cm
Spectaculaire cadre ancien de 101.5 cm par 88.5 cm
Ce portrait représente un homme encore jeune, figuré à mi-corps et de trois quarts, le visage tourné vers le spectateur. Il porte une imposante perruque brune aux longues boucles serrées, caractéristique de la mode masculine de la cour anglaise à la fin du XVIIe siècle. Le visage, vivement éclairé, se détache avec force sur un fond brun très sombre. Le regard direct, le modelé délicat des carnations et la légère animation de la bouche donnent au modèle une présence particulièrement immédiate.
Le personnage est revêtu d’une armure de parade en acier bruni, dont les différentes pièces sont soulignées par des rivets ou cabochons dorés. La cuirasse et l’épaulière, parcourues de fins rehauts lumineux, contrastent avec les tonalités chaudes du visage et de la chevelure. Un petit col blanc apparaît à la naissance de l’armure.
À gauche de la composition, dans une zone volontairement maintenue dans la pénombre, apparaît la main du modèle tenant un bâton de commandement. Cet attribut est déterminant pour l’interprétation de l’œuvre. L’armure, à elle seule, pouvait appartenir au vocabulaire conventionnel du portrait aristocratique ; associée au bâton, elle désigne plus explicitement le modèle comme détenteur d’une fonction de commandement militaire, ou tout au moins comme personnage revendiquant un rang élevé dans la hiérarchie des armes.
Le format de la toile constitue également un indice significatif. Ses dimensions, 76 × 63,5 cm, correspondent presque exactement au format anglais traditionnel de 30 × 25 pouces. Très répandu dans le portrait britannique, ce format fut notamment employé par Godfrey Kneller et son atelier pour des portraits à mi-corps ou des réductions de compositions plus ambitieuses. Le rentoilage ancien empêche malheureusement d’étudier le revers de la toile originale et d’y rechercher d’éventuelles marques, inscriptions ou cachets.
La construction du portrait repose sur un contraste marqué entre le traitement du visage et celui des accessoires. La physionomie bénéficie d’un modelé subtil : petites touches lumineuses dans les yeux, transitions délicates des carnations, rougeurs des joues et du nez, dessin sensible de la bouche. L’armure, le bras, la main et le fond apparaissent en revanche exécutés d’une manière plus rapide et synthétique. Cette différence pourrait être compatible avec les méthodes d’un grand atelier de portraitiste, dans lequel le maître réservait une part importante de son intervention à la tête tandis que vêtements, armures, draperies et arrière-plans pouvaient être confiés à des collaborateurs.
La formule trouve de nombreux parallèles dans la production anglaise des dernières décennies du XVIIe siècle et plus particulièrement dans l’entourage de Sir Godfrey Kneller. Plusieurs portraits militaires exécutés par Kneller autour de 1688–1695 montrent des officiers ou de grands personnages en armure, tenant le bâton de commandement. Les effigies de Thomas Tollemache, du prince George de Danemark ou de Godard van Reede-Ginckel, comte d’Athlone, appartiennent à cette même culture iconographique. Le portrait d’Athlone fut notamment gravé par John Smith en 1692, fournissant un précieux jalon chronologique pour ce type de représentation.
La coiffure, le type d’armure et la conception générale de l’effigie conduisent ainsi à proposer une datation vers 1685–1695, probablement autour de 1690–1695. En l’état des recherches, l’identité du modèle demeure inconnue. L'association de l'armure et du bâton invite cependant à rechercher celui-ci parmi les officiers supérieurs, généraux et grands aristocrates investis d’un commandement militaire dans l’Angleterre de Jacques II et surtout de Guillaume III.
Sir Godfrey Kneller (1646–1723)
Gottfried Kneller, plus connu sous son nom anglicisé de Godfrey Kneller, naît à Lübeck en 1646 dans une famille allemande cultivée. Après une première formation sur le continent, il séjourne aux Provinces-Unies, où la tradition rapporte son passage dans l’environnement de Rembrandt et de Ferdinand Bol. Il voyage ensuite en Italie, notamment à Rome et à Venise, avant de gagner l’Angleterre avec son frère Johann Zacharias Kneller dans les années 1670.
Kneller arrive à Londres à un moment particulièrement favorable. Le portrait anglais est alors dominé par Sir Peter Lely, peintre d’origine néerlandaise devenu le grand portraitiste de la cour de Charles II. Après la mort de Lely en 1680, Kneller s’impose progressivement comme son principal successeur. Son aptitude à associer ressemblance, distinction aristocratique et rapidité d’exécution lui assure bientôt une clientèle considérable.
Sa carrière présente la particularité remarquable de traverser plusieurs changements de régime sans perdre la faveur de la cour. Il travaille sous Charles II, puis Jacques II, avant de devenir l’un des portraitistes privilégiés de Guillaume III et Marie II après la révolution de 1688. Il poursuit sa carrière sous la reine Anne puis sous George Ier. Cette exceptionnelle continuité fait de son œuvre une véritable galerie de la société dirigeante britannique entre la Restauration et le début de l’époque géorgienne.
La fin des années 1680 et les années 1690 constituent une période particulièrement importante de sa carrière. L'arrivée au pouvoir de Guillaume III s'accompagne de profondes transformations politiques et militaires. Kneller peint alors les membres de la nouvelle cour ainsi que de nombreux officiers et généraux ayant participé aux campagnes du souverain. L'armure et le bâton de commandement deviennent des éléments récurrents de ce vocabulaire du portrait militaire, permettant d'associer l'identité individuelle du modèle à l'expression de son rang et de son autorité.
Le succès de Kneller l'oblige rapidement à organiser un atelier particulièrement productif. Comme chez Lely avant lui, le degré d'intervention personnelle du maître peut varier considérablement d'une œuvre à l'autre. Kneller pouvait concentrer son travail sur les parties essentielles du portrait, en particulier la tête, tandis que collaborateurs et assistants intervenaient dans l'exécution des vêtements, armures, accessoires ou fonds. Cette organisation explique l'existence de nombreuses répétitions, variantes et réductions de compositions célèbres et rend aujourd'hui délicate la distinction entre œuvre autographe, œuvre de Kneller avec participation de l'atelier et production entièrement exécutée sous sa direction.
Son style repose moins sur l'apparat spectaculaire que sur l'efficacité psychologique du portrait. Les meilleurs visages de Kneller possèdent une remarquable présence : les carnations sont construites avec souplesse, les regards animés de quelques touches lumineuses et les traits individualisés sans renoncer à l'élégance exigée par la clientèle aristocratique. Cette attention portée à la physionomie contraste fréquemment avec une exécution plus conventionnelle des costumes et accessoires.
Parmi ses entreprises les plus célèbres figure la série des « Kit-Cat portraits », représentant les membres du Kit-Cat Club, cercle politique et culturel whig qui réunissait plusieurs des personnalités les plus influentes de l'Angleterre du tournant du siècle. Le format particulier adopté pour cette série a même donné son nom au « kit-cat », format de portrait intermédiaire entre le buste et le portrait à mi-corps.
Kneller réalisa également les portraits des souverains et de nombreux membres de l'aristocratie britannique et européenne. Son œuvre fut très largement diffusée par la gravure en manière noire (mezzotint). Des graveurs, tels que John Smith, contribuèrent considérablement à la circulation de ses compositions. Ces estampes constituent aujourd'hui une documentation essentielle : elles permettent parfois d'identifier des portraits dont le modèle a été oublié, de connaître des compositions originales disparues ou encore de rattacher des réductions d'atelier à un prototype de Kneller.
La reconnaissance officielle accompagne son succès. Guillaume III le fait chevalier en 1692, distinction exceptionnelle pour un peintre en Angleterre à cette époque. Il est ensuite créé baronet en 1715 par George Ier. Kneller occupe ainsi pendant plusieurs décennies une position presque institutionnelle dans le portrait britannique.
Il meurt à Londres en 1723, laissant derrière lui une production immense.





















